Le Roundup Ultra Plus reste un produit phytosanitaire nommément homologué en Espagne, enregistré sous le numéro de registre ES-00725 avec le statut « vigente » (autorisation en cours de validité). Sa formulation, à base de glyphosate 36 % sous forme de sel potassique, cible des usages professionnels agricoles. De l’autre côté des Pyrénées, la vente de glyphosate aux particuliers est interdite depuis 2019. Cet écart réglementaire alimente un flux transfrontalier dont les conséquences juridiques et sanitaires méritent d’être posées clairement.
Roundup Ultra Plus en Espagne : une spécialité commerciale, pas un générique
Les articles qui traitent du glyphosate espagnol évoquent la molécule de façon indifférenciée. Le Roundup Ultra Plus est une spécialité commerciale distincte, fabriquée par Bayer, avec une formulation SL (concentré soluble) et une concentration de glyphosate à 36 % en sel potassique. Ce détail n’est pas anodin : la nature du sel (potassique, isopropylamine, ammonium) influence la vitesse de pénétration foliaire et le profil toxicologique des coformulants.
En Espagne, ce produit figure dans le registre officiel des produits phytosanitaires du Ministerio de Agricultura, consultable en ligne. Son inscription garantit qu’il a fait l’objet d’une évaluation de risques conforme aux exigences européennes. En revanche, cette homologation espagnole ne vaut pas autorisation de mise sur le marché en France : chaque État membre délivre ses propres AMM nationales.
Prolongation européenne du glyphosate jusqu’en 2033 : ce que le corrigendum change
Le règlement d’exécution (UE) 2023/2660 a prolongé l’approbation du glyphosate comme substance active jusqu’au 15 décembre 2033. Un corrigendum publié le 24 juillet 2026 corrige des erreurs techniques dans ce texte sans modifier la date d’échéance ni les conditions relatives à la santé humaine et à l’environnement.
Ce corrigendum est d’application directe dans tous les États membres. Concrètement, il sécurise la base juridique sur laquelle repose l’autorisation nationale du Roundup Ultra Plus en Espagne. Tant que l’approbation européenne tient, l’Espagne n’a aucune obligation de retirer le produit de son registre.

La représentation de la Commission européenne en France a précisé, dans une communication de juillet 2026, que cette prolongation s’accompagne de conditions strictes sur les mesures de réduction des risques, notamment pour les milieux aquatiques. Les États membres conservent la latitude de restreindre ou interdire localement, mais l’Espagne n’a pas emprunté cette voie pour le glyphosate grand public.
Importation en France : sanctions pénales et saisies documentées
Rapporter du Roundup Ultra Plus acheté en Espagne constitue une infraction au Code rural français. La détention et l’utilisation d’un produit phytosanitaire non autorisé sur le territoire exposent à des sanctions pouvant atteindre 30 000 euros d’amende et deux ans d’emprisonnement. En pratique, les condamnations effectives restent rares pour les particuliers transportant de petits volumes, mais le risque juridique existe.
L’Office français de la biodiversité (OFB) surveille depuis 2020 la vente de produits phytosanitaires espagnols non autorisés en France sur des plateformes comme eBay ou Rakuten. Cette surveillance a débouché sur des poursuites judiciaires contre des revendeurs opérant depuis le Pays basque espagnol, avec des saisies portant sur plusieurs tonnes de produits.
- Confiscation systématique du produit en cas de contrôle, même pour de faibles quantités
- Poursuites pénales possibles au titre de la mise sur le marché de produits non autorisés (article L. 253-15 du Code rural)
- Aucune couverture assurantielle en cas de dommage environnemental lié à l’utilisation d’un produit non homologué en France
Le cas de revendeurs condamnés fin 2023 à Castres illustre la réalité de ces poursuites. Les prévenus achetaient du glyphosate sous diverses marques espagnoles (Glifae, Radikal) pour les revendre en ligne à des particuliers français.
Risques sanitaires et environnementaux du glyphosate : état des données
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme « cancérogène probable » (groupe 2A) en 2015, tandis que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) n’a pas retenu cette classification dans son évaluation qui a conduit au renouvellement de 2023. Les données disponibles ne permettent pas de trancher définitivement entre ces deux positions institutionnelles.
L’utilisation de Roundup Ultra Plus sans formation ni équipement de protection individuelle aggrave l’exposition. La formulation SL concentrée à 36 % nécessite une dilution précise avant application. Un dosage approximatif augmente le risque de contamination des nappes phréatiques et des cours d’eau, particulièrement dans les zones de captage.
- Port de gants, lunettes et vêtements couvrants lors de la préparation et de l’application
- Respect des zones non traitées (ZNT) à proximité des points d’eau
- Stockage dans un local ventilé, hors de portée des enfants et des animaux
- Ne jamais appliquer par vent fort ni avant une pluie annoncée

Désherbage sans glyphosate : quelles alternatives concrètes en France
Pour les particuliers français, la question pratique reste le désherbage des allées, terrasses et potagers. Plusieurs méthodes autorisées offrent des résultats variables selon le type de surface et la pression des adventices.
Le désherbage thermique (flamme ou vapeur) donne des résultats rapides sur les annuelles mais exige plusieurs passages sur les vivaces à pivot profond. L’acide pélargonique, seul herbicide de contact autorisé pour les particuliers, détruit la partie aérienne sans action systémique : les racines survivent et la repousse intervient sous quelques semaines.
Le paillage épais (broyat de bois, paille, chanvre) reste la stratégie la plus efficace sur la durée pour limiter la levée des adventices dans les massifs et au potager. La combinaison paillage et désherbage manuel réduit considérablement le recours à tout produit chimique, même autorisé.
L’écart d’efficacité entre le glyphosate et ces alternatives est réel, surtout sur les plantes invasives à rhizomes. Les retours terrain divergent sur ce point : certains professionnels du paysage considèrent que les méthodes mécaniques suffisent pour l’entretien courant, tandis que d’autres estiment que certaines situations (friches industrielles, voies ferrées) restent difficilement gérables sans herbicide systémique.
La situation réglementaire du Roundup Ultra Plus en Espagne pourrait évoluer avant 2033 si de nouvelles données toxicologiques émergent ou si l’Espagne décide d’imposer des restrictions nationales supplémentaires. Pour les jardiniers français tentés par un achat transfrontalier, le cadre pénal actuel et les risques environnementaux rendent cette option difficilement justifiable face aux alternatives disponibles, même imparfaites.

