On a tous vu une prairie permanente se dégrader après un hiver compliqué ou une saison de pâturage trop appuyée : trous dans le couvert, pâturin commun qui gagne du terrain, rendement qui décroche. Le ray-grass anglais (Lolium perenne) revient systématiquement dans les discussions quand on parle de sursemis. Sa levée rapide en fait un candidat tentant, mais cette rapidité masque des limites qu’on mesure souvent trop tard.
Concurrence avec la flore en place : le vrai facteur de réussite ou d’échec
En sursemis, la plantule de ray-grass anglais doit s’installer au milieu d’un couvert déjà actif. C’est là que son agressivité à la levée joue à double tranchant.
Le ray-grass anglais germe vite, parfois en moins de deux semaines. Mais dans une prairie permanente où la fétuque élevée, le dactyle ou les adventices occupent déjà le terrain, cette vitesse ne suffit pas toujours à garantir un bon taux d’installation. Le contact terre-graine conditionne tout le résultat : sans ouverture mécanique préalable du couvert (herse étrille, passage de herse légère), les semences restent en surface et sèchent avant de germer.
Les retours d’essais en Ardenne belge montrent que le sursemis de ray-grass anglais réussit bien dans les prairies à base de fléole ou de fétuque des prés, où la densité du couvert est moindre. En revanche, face à un dactyle bien implanté, la compétition est rude et le ray-grass peine à prendre sa place.

Durée de l’effet du sursemis de ray-grass anglais en prairie
On attend du sursemis qu’il rallonge la durée de vie productive d’une parcelle. Sur ce point, le ray-grass anglais donne des résultats mitigés.
Les observations sur prairies de fauche en Ardenne belge indiquent une amélioration de production de courte durée après sursemis, de l’ordre de quelques pourcents sur plusieurs années. Le boost initial est réel la première année, puis le gain s’estompe à mesure que la flore spontanée reprend le dessus.
Comparé à un ray-grass hybride (croisement entre ray-grass anglais et italien), le ray-grass anglais offre une meilleure pérennité : on parle de quatre ans et plus de maintien dans le couvert. Le ray-grass italien, plus agressif à l’implantation, disparaît plus vite. Pour une prairie permanente qu’on veut garder longtemps, le choix du ray-grass anglais reste cohérent, à condition d’accepter que le gain de rendement ne sera pas spectaculaire.
Fenêtre de semis et préparation de la parcelle
On lit souvent qu’un sursemis peut se faire au printemps ou en automne. Les pratiques récentes resserrent la fenêtre adaptée vers la fin août et la mi-septembre, quand l’humidité du sol revient et que la végétation en place ralentit sa croissance. Au printemps, le ray-grass anglais entre en compétition frontale avec le couvert existant en pleine pousse.
Avant de semer, la préparation mécanique minimale fait toute la différence :
- Raser la prairie à 3-4 cm pour limiter la concurrence lumineuse et permettre aux graines de toucher le sol
- Ouvrir légèrement le couvert avec une herse étrille ou une herse de prairie, sans retourner le sol
- Viser une parcelle où le sol est nu sur au moins 15 à 30 % de la surface, sinon le sursemis a peu de chances de prendre
Le sursemis coûte environ deux fois moins cher qu’une rénovation avec labour, comme le rappellent les conseillers de Chambre d’agriculture. C’est un argument solide, mais à pondérer : un sursemis raté ne détruit pas la prairie existante, ce qui limite le risque financier.
Ray-grass anglais en sursemis : avantages et limites concrètes
Plutôt qu’une liste théorique, voici ce qu’on observe sur le terrain quand on compare le ray-grass anglais aux autres options de sursemis en prairie permanente.
Ce qui fonctionne bien
La rapidité de couverture du sol est le premier avantage tangible. Sur les zones dénudées (dégâts de campagnols, piétinement hivernal, passages d’engins), le ray-grass anglais referme le couvert avant que les adventices ne s’installent. Sa résistance au piétinement en fait un choix logique pour les parcelles pâturées.
Sa valeur fourragère est un autre point fort : riche en protéines, appétent, il améliore la qualité de l’herbe pâturée. Associé à du trèfle blanc en sursemis, il peut contribuer à l’autonomie protéique du troupeau.
Ce qui pose problème
Le ray-grass anglais tolère mal la sécheresse estivale prolongée. Dans les régions où les épisodes de chaleur se répètent, son maintien dans le couvert devient aléatoire. Les variétés tétraploïdes, plus souples et mieux adaptées au pâturage, sont aussi plus sensibles au stress hydrique que les diploïdes.
En prairie permanente diversifiée, l’introduction massive de ray-grass anglais peut simplifier la flore et réduire la diversité botanique. Sur les parcelles soumises à des engagements agro-environnementaux, cette simplification peut poser un problème réglementaire. Certaines mesures de restauration de prairies permanentes encadrent strictement le réensemencement, voire l’interdisent dans certains cas.
Choix variétal pour un sursemis de ray-grass anglais réussi
On ne sursème pas n’importe quelle variété. En prairie permanente, deux critères priment sur tous les autres :
- La pérennité : privilégier des variétés notées 7 ou plus en pérennité sur les fiches techniques, ce qui garantit un maintien sur plusieurs saisons
- La date d’épiaison : une variété tardive laisse plus de souplesse dans le calendrier de pâturage et de fauche
- La ploïdie : les tétraploïdes offrent une meilleure appétence mais les diploïdes résistent mieux au piétinement intense et aux sols séchants
Associer le ray-grass anglais avec du trèfle blanc en sursemis améliore la fixation d’azote et la couverture du sol à moyen terme. Le trèfle compense en partie la baisse de rendement du ray-grass quand celui-ci régresse après quelques années.

Le sursemis de ray-grass anglais reste une technique d’entretien, pas une solution miracle. Il prolonge la durée de vie d’une prairie dégradée à un coût raisonnable, à condition de cibler les bonnes parcelles (couvert ouvert, sol frais) et de ne pas attendre des gains de rendement durables au-delà de quelques campagnes. Sur les prairies très dégradées ou en contexte séchant, une rénovation complète ou le choix d’espèces plus rustiques (fétuque élevée, dactyle) mérite d’être envisagé avant de sortir le semoir.

